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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 14:39

" Rome n'est plus dans Rome, elle est toute où je suis ... ", ainsi parle le tribun Sertorius dans la tragédie éponyme de Corneille .

Quelle est cette folie de vouloir aborder une histoire récente du capitalisme par un vers de Corneille, même pris dans sa signification contraire ? Pour deux raisons . La première tient dans le transfert de la " mare nostrum " ( notre mer ) des Romains vers le grand lac transatlantique de l'Occident, entre Europe et Etats-Unis ; la deuxième procède de la naissance d'un capitalisme financier, totalement inscrit dans le capitalisme classique : le capitalisme est tout entier là où réside le capitalisme financier .

Mon souci est de répondre à la question suivante : pour que le capitalisme financier ait imposé sa domination depuis trois décennies sur le monde entier, il faut bien que cela ait répondu à une nécessité objective . La question qui découle de ce constat est donc : quel type de nécessité ? Autrement dit, que s'est-il donc passé durant trente ans, ce qui est long à l'échelle d'une vie d'homme, période d'où nous sortons, aujourd'hui, à travers une crise économique et sociale, sans comparaison historique et durable .

Mon attention se porte sur trois évènements qui sont intervenus dans le développement récent du capitalisme auxquels on ne peut pas trouver de précédent . Le premier, est évidemment que le marché est devenu vraiment mondial, après la chute de l'Empire soviétique, le passage de la Chine de Deng Xiaoping à l'économie de marché et la sortie de l'Amérique latine de l'étouffoir de dictatures militaires brutales et corrompues : à ce point, avec l'arrivée sur le marché, en peu de temps, de près de deux milliards d'individus, on peut dire que le marché, plus que mondial, devenait illimité .

Si l'on ajoute que tout est devenu marchandise, depuis, le sang, le sperme, le placenta - les sécrétions et les fluides dont parle l'anthropologue Françoise Héritier - plus rien ne peut-être excepté du " marché " .

Le deuxième évènement à prendre en considération est lié au comportement de ces nations européennes ( Grande-Bretagne, Allemagne, France ) qui avaient été historiquement à l'émergence du capitalisme moderne, qui pouvaient se penser comme les héritières légitimes de ce dernier, et qui soudain, constataient, à la suite des guerres d'Indépendance menées par leurs anciennes colonies, qu'elles perdaient la maîtrise des ressources énergétiques et que leur légitimité dans la direction de l'Empire pouvait être, d'un moment à l'autre, remise en cause .

Le troisième évènement, c'est la réapparition , sur la scène du théâtre capitaliste, et ce depuis l'irruption de la Chine, l'Inde, la Russie ou le Brésil, la réapparition dans les équations des économistes d'une ressource naturelle, qui avait pu paraître oubliée en Europe, une ressource naturelle particulièrement productive, qui peut être tordue à volonté pour la rendre extrêmement bon marché, exploitable à merci : la si appréciable " force de travail des êtres humains " .

Et là, les pays capitalistes héritiers découvraient que leurs ressources en force de travail , en raison de la démographie et suite à la lutte des classes des XIXe et XXe siècles, n'étaient plus ce qu'elles avaient été, et avaient atteint un prix prohibitif, alors qu'un pays comme la Chine possédait quasiment une réserve inépuisable en travail humain potentiel et n'avait aucun état d'âme pour en user et abuser jusqu'à aller le plus loin possible .

Les " surprofits " allaient passer aux mains des nouveaux venus . Depuis l'or espagnol venu des Amériques, jamais les flux d'argent n'avaient atteint les niveaux actuels, mais à la différence du XVIe s., ces flux pouvaient ne plus se diriger vers leurs lieux naturels de destination, du moins, au sens naturel de la logique capitaliste occidentale .

Et l'esprit humain, dont il ne faut jamais désespérer, permit de prévenir le danger : il inventa le capitalisme financier . " Wall Street, la City de Londres, la bourse de Francfort, qui date du Moyen Age, accessoirement la bourse de Paris, calibrée telle qu'elle est encore, par Napoléon Ier, se levèrent pour s'assurer que les mouvements de capitaux resteraient bien orientés, " vers les villes musées du capitalisme ", dit le philosophe JC . Milner .

Une question restait en suspens ! Que faire des superprofits générés par la Finance ? Certes, selon le fonctionnement classique du capitalisme, on a engagé de grands travaux ( les hyper grands barrages chinois ), des dépenses de prestige ( les tours de verre de 800 m de haut, stupides, ou les pistes de ski artificielles dans les pays du golfe ), mais il reste après cela, encore, beaucoup de surprofits .

Des surprofits, de deux choses l'une, ou vous les laissez dormir, état absurde dans la galaxie financière, ou vous ne les laissez pas dormir . Si vous ne les laissez pas dormir, vous en faites quelque chose et, une fois passés les grands travaux, qu'est-ce qui reste ? Des produits financiers, de merveilleux produits financiers !

Une nouvelle question suit tout naturellement . Qu'est-ce qu'un placement financier ? C'est très simple : c'est un déplacement de l'argent ! C'est le passage, de l'argent, d'une main à une autre, d'un lieu à un autre, " d'une place boursière à une autre ", passage générateur de profits et de surprofits, grâce à une invention de mathématiciens enrôlés pour inventer l'enrichissement par " air pulsé " : les produits financiers .

D'où il résulte que, puisque le déplacement crée par lui-même de la valeur, il suffit de multiplier les déplacements pour multiplier la valeur , sans qu'il y ait, en face, de la création de richesse .

Mais n'allez pas croire que le système était durable ou définitif . La preuve en est que l'explosion du dispositif a eu lieu, sous nos yeux, en 2008 . Et les nations héritières, qui sont cause de l'explosion du dispositif, ont retrouvé leurs angoisses passées .

Ne pensez pas qu'elles voient sans soucis de nouveaux acteurs apparaître, sur la scène capitaliste . Aussi multiplient-elles - à l'occasion des G8 et des G20 - les entraves au développement des nouveaux venus : environnement, démocratie, droits de l'homme, autant d'entraves que ces mêmes nations s'interdisent - très souvent - chez elles .

Alors, autour de la nouvelle " mare nostrum " transatlantique, n'attendons pas la venue d'un " Sertorius " . L'humanité épuisée n'en produit plus . Et s'il s'avérait qu'un de ces héros pût encore pointer " le bout de son nez ", l'Empire trouverait sans avoir à chercher bien loi, un Pompée , pour le détruire .

NB : d'après la leçon inaugurale de JC Milner, lors des Rencontres de Pétrarque de juillet 2009, à Montpellier .

servirlepeuple-over-blog / hors de la banane bleue, point de salut .

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Published by regain2012 - dans histoire
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