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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 14:51

" La bourgeoisie travaillant pour elle seule, massacrant pour elle seule, exploitant pour elle seule, il lui est nécessaire de faire croire qu'elle travaille, qu'elle exploite, qu'elle massacre pour le bien de l'humanité . Elle doit faire croire qu'elle est juste . Et elle-même doit le croire " . ( Paul Nizan, Les chiens de garde, 1932 ) .

Le capitalisme financier a tout fait exploser, plus personne n'a de doutes sur le sujet . Pour rétablir la confiance, " on " nous dit, qu'effectivement, " on " avait trop laissé faire, " on " avait trop dérégulé . Donc la solution aux problèmes est simple : on va remettre de la règlementation dans tout ce " foutoir " . Soit !

Mais qu'il me soit permis, alors, de poser une question, et qui ne me paraît pas anodine : qui fabrique les règles ?

Soyons clair ! Le capitalisme financier avait sa réponse : n'importe qui, pourvu qu'il fasse n'importe quoi ! Car, contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, le capitalisme financier n'est pas dénué de règles, c'est même le contraire, il en aurait trop .

Je m'explique . Un produit financier, ce n'est rien moins qu'un ensemble de règles . Seulement, ces règles sont fixées par le trader anonyme ; le mathématicien, cet inconnu, qui a conceptualisé le produit ; le financier, qui calcule son profit avant l'émission du titre, caché dans son paradis fiscal ; tout acteur de la sphère financière peut fabriquer sa propre règle . C'est lui que j'appelle " n'importe qui ", puisque personne ne le connaît, et surtout, je dis qu'il va faire " n'importe quoi " , puisque sa règle ne s'applique qu'à son seul intérêt, et certainement pas à l'intérêt général .

Précisons, au passage, que cette application de la règle du " n'importe qui " a largement dépassé, depuis, le secteur de la production financière pour se déployer dans bien d'autres domaines de la vie sociale .

Si l'on en revient à la règlementation du marché, obligation nous est faite de décliner la question initiale de la fixation des règles : qui est en position de formuler, aujourd'hui, une règle nouvelle, de modifier une règle ancienne, d'abolir une règle en apparence obsolète, de contrarier une règle qui apparaîtrait comme une entrave, de créer une règle, éventuellement ex-nihilo ? Qui se trouve en position, aujourd'hui, de faire tout cela ?

Une vigilance démocratique s'impose , tout d'abord, à nous : les libertés ne peuvent pas survivre à un foisonnement illimité de règles et pas davantage à une multiplication sans fin d'auteurs de règles . N'importe quelle règle ne vaut pas n'importe quelle règle ! N'importe qui n'est pas légitime pour en fabriquer !

D'où la question : quelles sont les sources possibles de règles et de quelles règles parlons nous ? Est-ce que ce sont les peuples pris dans leur ensemble, au niveau national, ou au niveau supranational ? Est-ce que ce sont, au-delà du politique, les partenaires sociaux, selon le modèle allemand (1) ? Est-ce que ce sont, dans un modèle plus classique, le modèle français, les pouvoirs exécutif et législatif ? Est-ce, sur le modèle étatsunien, les juges, qui ont le droit et le devoir de fabriquer la règle ? Autant de questions très sérieuses auxquelles la société devra bien finir par répondre .

Mais déjà , des éléments de réponse apparaissent : il faut que le nombre d'instances légitimes pour produire des règles soit suffisamment réduit pour échapper à un entre- croisement de contrôles liberticide ; il faut que les auteurs légitimes de règles nouvelles ne soient pas trop nombreux pour être clairement identifiés car cela me paraît être une condition essentielle de toute vie démocratique ; il faut que ces règles soient très clairement énoncées car toute règle qui fait la part belle au non-dit est destinée à être transgressée .

Il est donc évident qu'il faut des institutions, légitimes et identifiées, pour se protéger de " n'importe qui faisant n'importe quoi " qui est la meilleure définition que l'on puisse donner à " la main invisible du marché ", si chère aux néolibéraux .

(1) . En janvier 2013, en France, le MEDEF et trois syndicats minoritaires ont porté un coup violent au code du travail, avec l'accord dit ANI sur la flexibibilité du travail . Cet accord fut validé par le Parlement, tel quel, sans discussion, selon la procédure d'urgence voulue par le Président de la République . Ne sommes-nous pas en droit de nous demander, si cet accord est légitime, et s'il ne relève pas d'un aménagement par quelques-uns de la procédure démocratique ?

depuis le site : désobéissance civile .

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Published by regain2012 - dans Société
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