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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 14:11

" Si nous perdons le futur, si le présent est réduit à l'angoisse et si le passé devient un refuge fanatique et clos, nous sommes foutus . Il s'agit bien de repenser le sens de notre existence . " ( Edgar Morin ) .

Oublions les statistiques de l'INSEE qui nous décrivent une France qui n'existe pas , celle d'un pays constitué d'une immense classe moyenne ( à partir du SMIC ) et de minorités . A partir des mêmes données de base, observons la France, à l'aune d'un nouvel indicateur, celui des géographes Christophe Guilluy et Christophe Noyé : " l'indicateur de fragilité sociale " , calculé pour l'ensemble des communes françaises en intégrant huit indices : proportion d'ouvriers et d'employés dans la population, taux de travail précaire, temps partiel subi, taux de chômage, revenu médian et répartition des revenus, formes de logement ...

Cet indicateur révèle la photographie d'un territoire littéralement " cassé en deux " : 25 aires métropolitaines très distinctes par leur composition et leur dynamisme économique ( l'Ile de France génère presque 30% du PIB français ), et en face, une France périurbaine et rurale - notons que pour l'INSEE, on n'est un rural que si l'on réside dans une commune de moins de 1000 habitants, étalonnage fort réducteur -, espace périurbain et rural, " à la ramasse ", comprenant la majeure partie de l'espace rural, des petites villes et certaines villes moyennes . Deux France étanches : l'une surplombe tandis que l'autre tombe .

Une France qui s'en tire, 10% des communes ( 2650 ), représentant 39% de la population face à une France " larguée ", 90% des communes ( 34000 ), représentant 61% de la population .

Un champ de bataille dit le géographe Christophe Guilluy .

" En quelques décennies, la mondialisation de l'économie a permis aux classes dominantes de se délester, en douceur, sans contestation majeure, des catégories désormais inutiles du nouveau modèle économique ", les classes populaires .

" Le combat s'est déroulé sans haine et sans violence, sans conflit, grâce à un travail discret et méthodique qui a consisté, au cours de ces trois dernières décennies, à rendre totalement invisible la majorité de la population " .

Il y a de fait une France qui est encore dans le coup, celle des métropoles, population qualifiée, bénéficiant de bonnes infrastructures de transport, de formation, de soins, facilitant l'accès à l'emploi, une France qui se détache du reste du pays et les classes populaires, toujours majoritaires, 60% de la population, mais qui se retrouvent reléguées dans l'invisibilité de territoires lointains, d'où l'on ne revient pas . 80% des classes populaires non immigrées ou d'immigration ancienne résident dans ces zones périurbaines . Dans ces territoires non identifiés par l'INSEE, les problèmes financiers sont structurels : difficultés à rembourser les traites du petit pavillon, nombreux déplacements pour se rendre au travail, obligation de posséder deux voitures si la mère travaille, endettement et surendettement, réduction des services publics . Et si le chômage frappe, l'éloignement des zones dynamiques est tel, que le retour à l'emploi est quasiment impossible : c'est à une véritable " assignation à résidence " que nous assistons .

Le piège se referme ! Pour les cinq années qui ont précédé le recensement de 2006, seulement 4% des ouvriers avaient changé de résidence ou de département, alors que, à titre de comparaison, le taux de mobilité sociale dans les Zones Urbaines Sensibles, peuplées à 64% d'immigrés, ( ZUS ) était de 61%, en 2005 .

Cette France reléguée embête bien les élites politiques, médiatiques, culturelles pour qui, la question sociale se réduit à un certain nombre de quartiers dits " sensibles ", juste après le périphérique, confondant conflits liés au multiculturalisme et conflits sociaux . Les élites des métropoles pensaient pouvoir oublier les " relégués ", mais voilà, ceux-ci ont compris le sort funeste qu'on leur avait réservé : ils se découvrent plus nombreux qu'on a voulu leur faire croire, et même majoritaires, dans les résultats de l'abstention ou du FN, aux différentes échéances électorales ; ils découvrent qu'ils ne sont pas seuls mais nombreux à avoir été rejetés dans l'humiliation, qu'ils représentent donc une force électorale .

Leur vote actuel n'est pas un banal cri de colère, comme le croit le personnel politique, il est froidement raisonné, et perçait déjà, il y a plus de vingt ans, dans différents scrutins, que ce soit lors du référendum sur le traité de Maastricht, en 1992, l'élection présidentielle du 21 avril 2002, le référendum sur le Traité Constitutionnel Européen : le personnel politique n'a pas voulu voir qu'il s'agissait déjà d'une analyse objective des retombées de choix économiques et sociétaux .

" Ce n'est pas le Front National qui est allé chercher les ouvriers, ce sont ces derniers qui utilisent ce parti pour contester la mondialisation sauvage " et prévenir qu'ils n'accepteront plus très longtemps, le mépris dans lequel on les tient .

Cette analyse à froid de la relégation qui est la leur a conduit les classes populaires à décrypter sans indulgence le logiciel social-libéral adopté par le PS depuis les années 1980 : le suivisme européen néolibéral qui a ravagé l'industrie française et balayé les politiques d'intégration républicaine au profit d'un multiculturalisme anglo-saxon générateur de conflits, de violence et de barrières ; les avancées sociétales pour les bobos des centre- villes et une sorte " de citoyenneté musulmane " pour les banlieues métropolitaines, idées portées principalement par le think tank socialiste Terra Nova . Le reste du pays passant par pertes et profits .

C'est à travers l'expression italienne affectionnée de nos amis transalpins, " si non e vero, e bene trovato ", ( si ce n'est pas vrai, c'est bien trouvé ) que je fais mien l'avertissement que lançait, il y a déjà vingt cinq ans, Marcel Gauchet : " La lutte des classes est de retour, mais là où on ne l'attendait pas, pour alimenter la poussée électorale continue de l'extrême-droite ... Le vote FN n'est pas contestation, mais demande de démocratie ..." . ( " Les mauvaises surprises d'une oubliée ... La lutte des classes ", Le Débat, mai août 1990 ) .

Méditons le paradoxe !

NB : " Les vraies fractures françaises ", Eric Conan, Emmanuel Levy, Marianne No 908, du 12 septembre 2014, à propos du livre de Christophe Guilluy : " La France périphérique, comment on a sacrifié les classes populaires " chez Flammarion .

Le piège .

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Published by regain2012 - dans Société
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commentaires

JM 16/09/2014 16:04

Toujours excellent ..merci Charles

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