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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 14:18

" Il n'y a rien de bon dans la cupidité . Rien de bon pour personne . Cela devrait être connu, compris et accepté de la plupart d'entre nous, les praticiens de l'art de vivre dans un monde dérégulé, individualisé, obsédé de croissance, de consommation, de compétition et de chacun pour soi ..." ( Zygmunt Bauman, Les riches font -ils le bonheur de tous ? A . Colin ) .

Le sociologue britannique d'origine polonaise Z. Bauman , à la veille de ses cent ans, " n'y va pas par quatre chemins ", dans son dernier essai, où " il dénonce tour à tour le mythe de la croissance sans bornes, l'ivresse de la consommation, la prétendue naturalité de l'inégalité sociale, la perte du sens et de la signification des choses, la réification de l'humain et le devenir- container des sociétés libérales dites avancées ". Parallèlement, il fustige la disparition des loyautés mutuelles, de l'aide réciproque, de la coopération désintéressée et de l'amitié gratuite . ( Sébastien Lapaque, Marianne No 897 ) .

Il établit cette condamnation claire et stimulante sur un concept dont il est l'inventeur : " La société liquide " .

La société liquide néolibérale de Z. Bauman se caractérise, d'abord, par " le rythme effréné " qu'ont pris les activités humaines, rythme fait de précarité, de flexibilité, d'instabilité, d'incertitudes, d'embardées, parce que les signalisations ( morale, politique, intérêt général, sens du commun ) qui géraient les directions qu'elle devait prendre ont disparu . Alors, comme l'eau, la société choisit la " plus grande pente " .

Cette plus grande pente porte un nom : productivité . L'important n'est pas le nombre d'heures absolu travaillées, mais l'intensité de celles-ci, pour le plus grand profit immédiat de certains : les détenteurs du capital . De là est né le mal du siècle : " le stress " au travail .

Mais l'accélération de nos vies s'observe également dans notre existence sociale et politique, sous la forme d'une injonction à double détente : " accumuler et cumuler " (1) .

L'injonction est impitoyable et rappelle l'ânerie d'un publicitaire célèbre : " Si à 50 ans tu n'as pas une Rolex, tu as raté ta vie " ! " Tu dois donc, tout faire, tout visiter, tout expérimenter car tu ne peux accéder à l'immortalité qu'en remplissant ta vie de mortel du plus d'expériences possible " (1) .

L'injonction est sans ambigüité : tu ne peux te réaliser que dans la " consommation " . Ton statut social ne se mesure qu'à la quantité de biens que tu es à même de consommer, et la publication de statistiques quotidiennes sur tous les domaines de la consommation est le thermomètre de ton classement .

L'instabilité de nos relations amoureuses, familiales, amicales, la virtualité extrême de nos réseaux professionnels, tout indique " la liquéfaction " de nos existences .

Rappelons-nous ! Dans la société précédente, nous allons l'appeler " la société solide ", celle du capitalisme familial, la " lutte des classes " avait structuré un certain ordre, de combats certes, souvent âpres, mais de combats parfois gagnants, sur lesquels se construisait le progrès social, un avenir ouvert à l'ensemble de l'Humanité .

Dans la société liquide décrite par Z. Bauman, les individus ne sont que des consommateurs que l'on ne considère plus " qu'en vertu de leur seule utilité " ; ils peuvent donc être achetés puis, " passée une certaine date de péremption, jetés sans scrupule " (1) : chômeurs, assistés, sans-papiers que faites-vous sur nos rivages ?

Tant et si bien que l'avenir de l'humanité, après la période liquide, pourrait prendre la forme d'un " container " dans lequel seront acheminés vers nos métropoles nos désirs standardisés .

Mais attention, tout le monde n'aura pas droit à un espace, même réduit, dans le container . Car la société liquide est plus aliénante encore que la précédente . Fonder la quête de soi et le bonheur de tous sur la seule consommation est une imposture car tout le monde ne peut y avoir accès ; la société liquide est donc par essence inégalitaire .

La société de consommation consacre les riches, elle est faite pour eux . La société de consommation condamne les pauvres, elle n'est pas faite pour eux . Dans la liquéfaction sociale dont elle a accouché, les riches n'ont qu'une motivation : rester accrochés au container ! Et vous voudriez qu'ils prennent le temps de penser au bonheur des pauvres ?

NB : (1) . Source : http://tropvite.fr/lectures/la-vie-liquide/

Triangle éthique : wikipedia.fr

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Published by regain2012 - dans Société
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