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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 15:28

" L'abstention n'est pas une idée, pas plus une opinion, pas davantage une théorie ... L'abstention est au mieux une attitude, d'aucuns diront une posture, en résistance à l'imposture, et en ce sens, ne nous y trompons pas, elle est déjà éminemment politique ..." .

Le phénomène de l'abstention électorale n'est plus aussi systématiquement le fait de personnes " apolitiques ", comme on disait autrefois . La faillite du " modèle démocratique marchand " a fait tomber les illusions .

Mais l'attitude " très en creux ", certes, du phénomène de l'abstention doit nous interpeller . Même si le refus, la résistance, voire la rébellion, phénomènes sous-jacents de cette attitude, ne sont pas encore un engagement précis pour l'avenir, ils peuvent vouloir nous dire, qu'en eux, germent déjà les prémisses d'une prise de conscience .

Les élites politiques et médiatiques vont-elles feindre encore longtemps d'ignorer l'ampleur du phénomène ? Les coûts pourraient en être très élevés pour la démocratie . D'ailleurs, ils le sont déjà . En témoigne la désaffection grandissante des Européens pour les seules élections qui rythment le supposé modèle démocratique européen .

Observateurs et commentateurs semblent ne pas voir, ou ne veulent pas voir, combien l'abstention peut bouleverser toutes les grilles de lecture du fonctionnement démocratique de nos sociétés .

Un seul exemple suffira à notre démonstration . Qui ne connaît la rengaine médiatique : " La France est à droite " ?

Mais quel éditorialiste sérieux et honnête oserait reprendre à son compte une telle affirmation ? Sur quels éléments s'appuierait-il, quand, justement, l'abstention est venue, depuis des années, déplacer et mêler toutes les cartes ?

C'est que le phénomène n'est pas réductible à un pourcentage . Le pourcentage n'est qu'une accroche médiatique de quelques minutes, à 20 H, un soir d'élections . L'abstention, c'est autre chose, quand on veut bien la saisir dans toute sa complexité .

Elle traverse la sociologie, la géographie, la démographie, l'éducation, l'économie, la politique et même l'histoire ...

" Ne pas voter " obéit en effet à de forts déterminismes sociaux, dont on peut mesurer, peut-être, la constance dans le temps, mais sur lesquels il me paraît assez audacieux de vouloir construire " une typologie " nationale, et particulièrement dans un pays aussi politisé que la France .

Essayons de repérer un exemple dans l'exemple . Contrairement aux jeunes, les seniors demeurent très mobilisés . La comparaison des taux de participation par tranches d'âges, établie par l'INSEE, révèle des écarts d'une amplitude considérable : aux municipales de 2008, seuls 41,2% des jeunes de moins de 24 ans se sont rendus aux urnes, contre 80,1% des 50- 64 ans . Les seniors votent deux fois plus que les jeunes .

Du fait de l'abstention, on peut constater une surreprésentation des catégories les moins affectées par la précarité et l'instabilité professionnelle . En 2008, c'est un écart de vingt points qui sépare le taux de participation des fonctionnaires de celui des intérimaires et des chômeurs : ouvriers et employés .

Ces déterminants sociaux et générationnels se voient prolongés par de fortes inégalités territoriales de participation . Les quartiers de grands ensembles d'habitat social connaissent une abstention qui atteint des taux impressionnants, au point de devenir des " déserts politiques " : c'est le cas de la " Cité des Cosmonautes ", dans l'est de la ville de Saint-Denis , aux dernières municipales, avec plus des deux-tiers des électeurs qui se sont abstenus .

Plus jeunes, moins diplômés, plus affectés par le chômage, les habitants de ces grands ensembles ne voient plus l'utilité d'un geste qui n'améliore en rien leurs conditions d'existence .

Et rien ne vient plus contrebalancer une telle désaffection : ni section de parti, ni association civique, ni élu de proximité, ni porte à porte .

A Bobigny, ancien fief communiste, un nouveau maire, UDI, est élu, avec 12,3% d'une population en âge de voter, car, les 45% de jeunes de moins de trente ans, résidant dans les quartiers, ne se sont pas déplacés .

Cependant, d'autres facteurs, liés à la mobilité des personnes, par exemple, méritent être interrogés . Les études de l'INSEE, sur deux villes universitaires comme Toulouse et Montpellier, montrent que les étudiants votent moins, car vivant loin du domicile de leurs parents, où ils sont restés inscrits . Dans ces deux villes, les jeunes de 18-24 ans, représentent 20% de la population, mais seulement 7% des inscrits .

Et ce qui complique encore plus l'analyse, c'est l'évolution de la sociologie des électorats, ces derniers trente années .

Si l'électorat de droite a peu bougé, avec son noyau dur inamovible d'entrepreneurs, artisans et commerçants ; si l'électorat de l'extrême-droite a pu se consolider par des apports d'électeurs des couches populaires ; le conglomérat électoral qui s'est le plus modifié, est bien celui du Parti Socialiste .

Le PS est désormais bien implanté chez les 50-64 ans, qui votent beaucoup, chez les cadres, en particulier du public et chez les diplômés qui s'abstiennent peu, et a perdu dans les classes populaires .

Cela devrait le rassurer, ses soutiens proviennent de catégories qui votent en principe, mais, ces catégories peuvent condamner très vite aussi les errements et, soit se porter sur des partis voisins, porteurs de thèmes d'avenir comme EELV - à ce titre, le résultat récent de Grenoble est révélateur - soit décider de s'abstenir à titre d'avertissement .

Il est intéressant de relever que l'assise populaire et jeune de l'électorat du FN ne le met pas à l'abri du phénomène abstentionniste, visible en comparant ses résultats à l'élection présidentielle puis à ses résultats locaux . Une étude poussée des fluctuations de cet électorat épargnerait les médias de bien des sottises débitées .

Ces constats pourraient laisser à penser que le phénomène de l'alternance politique qui sévit depuis trente ans en France, ne tient plus à des adhésions à des idées, éventuellement à des programmes politiques, mais aux fatigues - et non aux caprices - d'un électorat, qui épuisé, s'abstient, tantôt pour sanctionner l'un, tantôt pour sanctionner l'autre, ce qui donne une ronde, plutôt surréaliste, la ronde " des sortants battus " .

NB : Les éléments de la deuxième partie du texte sont empruntés à l'article de Cécile Braconnier et J. Yves Dormagen, " Ce que l'abstention veut dire ", Le Monde Diplomatique , mai 2014 .

site : groups.google.info  .

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Published by regain2012 - dans politique
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