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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 14:18

Réedition de décembre 2012 .

"  J'abhorre la canaille avec laquelle je suis en communication, en même temps que sous le nom de peuple je désire passionnément son bonheur ." ( Stendhal . Vie de Henri Brulard ) ) .

 ( Illustration : grandmaison.over-blog.com ) .

 

 

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   En réaction à l'ordre de l'Ancien Régime, absolutiste et corporatif, la Révolution de 1789, institue l'homme en sujet juridique, porteur de droits garantissant sa liberté de pensée et d'action, sa propriété et son autonomie, et en sujet politique, partie du souverain dans l'exercice du droit de vote . Liberté et égalité étant considérées comme indissociables .

   " Une fois débarrassés des ordres, des tutelles, des structures imposées, les individus allaient pouvoir s'affirmer pleinement comme êtres humains ", pensait-on, alors .

   La dimension psychologique de cet " individu universel " n'était pas niée, dans la mesure où était reconnue, dans cette aspiration à la liberté et à l'égalité,  l'expérience vécue douloureusement de l'humiliation, du mépris, de l'arrogance, de la domination, imposée par l'ancien monde aristocratique .

   Mais ces considérations psychologiques restèrent  limitées aux effets de classe et laissèrent de côté les relations interpersonnelles, les manières d'être liées à l'image que l'on veut donner de soi, quel que soit le groupe social auquel on appartient . En un mot on oublia trop vite les portraits de La Bruyère , de La Rochefoucauld ou de Saint-Simon .

   On considéra un peu trop légèrement les travers des sociétés de Cour, poussés jusqu'à l'hystérie, à tout le moins la caricature, sous le règne de Louis XIV . Peut-être parce qu'on ne les vit, alors, que comme jeux de pouvoir et d'apparence, sans grande importance . Pourtant, " ces relations qui mettent en jeu les logiques d'imitation et de distinction, les mécanismes de l'envie et de la jalousie, les dispositions à la sympathie et au partage ", ne sont pas des données secondaires dans l'approche de la nature humaine .

La preuve en est qu'elles continuent de sévir et, en tout cas, constituent le terreau de ce que P. Rosanvallon, appelle , aujourd'hui : " l'individualisme de distinction " .

   D'aucuns pourront considérer le phénomène comme marginal, pour ma part, si j'en parle, c'est parce que je range les comportements de nos " stars " actuelles, dans ce mode de fonctionnement .

   Au XIXe s., une fois la noblesse marginalisée, entre la bourgeoisie triomphante  mais engoncée dans son conformisme, " dans l'étroitesse de ses objectifs et son absence d'imagination ", et une classe laborieuse déclassée par les idéologues conservateurs, au rang de classe paresseuse et dépravée, va apparaître un groupe social, désireux d'affirmer sa rupture " avec le commun" : les artistes .

   Ce groupe va mêler " l'esprit de la bohème romantique à des relents de sentiments aristocratiques " flirtant parfois avec " des attitudes très ambiguës par rapport à  la démocratie " .

   La notion " d'élites " au sens contemporain du terme était née : artistes, créateurs, journalistes ou avocats, auxquels vinrent se mêler " dandys " et autres parasites .

   Cette nouvelle aristocratie, individualiste , dans la distinction, se positionnant bien au-dessus des masses réduites à l'état de simple force de travail, se met donc à aspirer " à une existence élargie " , qu'apportent succès, réputation, parfois admiration, dans tous les cas, intérêt de la part du " commun " .

   L'incarnation de cette ambition se construira à travers le phénomène de la mode . La mode, symbole de l'individualisme triomphant, peut-être faudrait-il dire " du particularisme ", dans le sens où la mode exige l'existence d'un groupe restreint . La mode est un système où un petit groupe d'individus se mesurent les uns aux autres, mais en cercle fermé, comme les courtisans de la Cour de Louis XIV .

   " L'individualisme de distinction " fut le berceau de la mentalité, de la moralité de nos élites d'aujourd'hui , dont le maître-mot est " vivons séparés du commun " .  Au commun, accordons l'offrande de notre talent  - contre espèces sonnantes et trébuchantes , cela va sans dire - mais nous n'allons pas vivre comme lui, encore moins avec lui, mais s'il le faut, contre lui . 

Qu'ai-je voulu dire à propos de nos élites actuelles, stars, vedettes, sportifs, intellectuels, journalistes et politiques ?  Qu'il ne faut pas leur en vouloir de s'exiler fiscalement, de ne pas vouloir participer à l'effort commun, quand le pays est en crise et qu'il est injuste de qualifier leur fuite d'égoïsme et de cupidité ?

   Comme autrefois la noblesse était exemptée de l'impôt financier parce qu'elle devait au roi l'impôt du sang, aujourd'hui, nos élites nous ravissent par leur talent - certains pensent même leur génie - et estiment qu'elles ne nous doivent rien de plus, oubliant, ou plutôt ignorant, que c'est le peuple qui fait les élites, et que dans l'histoire, on a vu bien des idoles déboulonnées de leur piédestal par " le commun " las de trop d'humiliations  .

Nous appellerons aussi " l'individualisme de distinction ", afin de l'incarner, " le syndrome Gérard Depardieu " .

NB : (1) . Texte inspiré par P. Rosanvallon : " La Société des Egaux " .

 

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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 19:48

  Réédition du mois de décembre 2012 .

 " Depuis les années soixante, les EE.UU subissent un effondrement  sans précédent de leur vie civique , sociale , associative et politique, c'est à dire de leur capital social, avec des conséquences dramatiques . ( Robert Putman. Politologue américain, professeur à Harvard, dans son livre : " E  Pluribus Unum ". Cité par Wikipedia .)

 

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   Illustration: gemmes-pierres.com

 

   Nous avons parlé souvent dans ces pages des dangers qui menacent la vie démocratique : poussée des individualismes et des égoïsmes, accaparement  du pouvoir par les partis ; main-mise des institutions financières sur le pouvoir politique, etc. Ce sont les dangers les plus visibles.

   Mais la vie démocratique est menacée, également, par un autre fléau, moins apparent, moins évident, mais bien plus insidieux, c'est le " séparatisme" , ce besoin de s'éloigner des autres, de ne plus avoir affaire aux autres, ce refus de partager,  dont on voit apparaître les symptômes, dans des modes de vie  ou de gestion des affaires, au caractère séparatiste .

   Ce mouvement  s'inscrit dans la droite ligne des ligues anti-impôts,  des ligues du refus de payer pour les autres,  aussi bien que dans l'idéologie de l'individu contribuable et non point citoyen . Je suis contribuable, je demande des comptes sur les services qui me sont rendus, à moi, pas à la collectivité , " exit " le citoyen .

   J'appelle ce type d'évolution, " le syndrome des coquilles vides ." Et  je m'en explique à partir de quatre exemples .

Connaissez-vous,  les " unincorporated areas " ?  Cela nous vient des Etats-Unis ." Ce sont  des zones résidentielles d'initiative privée, qui ne sont insérées dans aucune structure municipale , qui sont gérées sur le mode de grandes copropriétés, et qui ne possèdent aucun service public. Tout y est privé  : les écoles comme les centres commerciaux , les équipements culturels ou sportifs comme les services de sécurité .  Pas de parcs publics, pas de trottoirs dans les rues , aucune vie politique , par la force des choses . Ces agglomérations ont réduit les impôts locaux  aux acquêts ; surtout peuplées de blancs, elles semblent vivre en apesanteur... " ( Cité par P. Rosanvallon , La société des Egaux .)

   Voilà, une première coquille vide : vide de vie, vide de sens, vide d'humanité .

J'ai récemment vu, sur une chaîne de télévision, un reportage sur la ville de Détroit aux USA . Ancienne capitale de l'automobile , particulièrement sinistrée par la crise de 2008, au bord de la faillite financière  et ayant perdu un tiers de sa population .

   Du coup certains quartiers sont totalement déserts ; en tout cas, il n'y reste plus que quelques familles, noires comme   par hasard . Eh ! bien, la Municipalité a décidé de couper tous les réseaux dans ces quartiers, jugés insuffisamment peuplés : plus d'eau, plus d'électricité , plus de transports, plus d'écoles et plus d'hôpitaux . Isolement total ! Deuxième exemple de coquille vide : subi et non voulu, cette fois, mais qui participe du même phénomène .

Nous n'en sommes pas encore là en Europe . Mais nous devons regarder avec attention certaines évolutions gestionnaires par rapport à nos traditions politiques .

   Alors que la France venait d'entrer dans une phase de décentralisation intense, que se multipliaient les transferts de compétences, de l'Etat vers les collectivités locales : " On a mis en place un niveau d'intercommunalité ayant en charge : transports, gestion des déchets , développement économique , culture , gestion de l'eau ...Des postes financiers puissants, vidant d'autant, les prérogatives municipales . Et ce qui est plus grave encore, c'est que les élus de ces instances le sont par la voie indirecte . Ils ne sont pas directement responsables devant des électeurs . Ils ne sont plus que des gestionnaires, des techniciens, dont j'ai déjà dénoncé le défaut ... " ( Voir P. Rosanvallon .La société des égaux . Ch. la tentation de l'homogénéité .)

   Il ne restera bientôt plus aucun pouvoir au Maire , qui pourtant est le premier élu , le plus proche du citoyen, l'élu à  qui l'on peut le plus facilement demander des comptes, car si la démocratie c'est un lien, c'est d'abord un lien de proximité .

   Mais il restera toujours à Monsieur le Maire la Présidence du Comité des fêtes ! Et voilà, la troisième coquille vide .

La quatrième, je la trouve dans la construction européenne. Chacun sait que l'objectif final de cette construction, c'est la disparition des Etats-Nations, au profit de grandes régions, de grandes métropoles et d'un Etat supra-national européen. Un pouvoir, très loin du citoyen, technicien, non représentatif, comme l'est actuellement la Commission Européenne .

Ma quatrième coquille vide, c'est donc la Nation . La Nation, qui pourtant porte depuis deux siècles, les valeurs démocratiques . Les historiens nous disent parce que c'est la leçon de la démocratie athénienne, que la démocratie ne peut s'épanouir que sur un territoire limité.

Les tenants d'une gouvernance mondiale prêtent un peu à sourire .

Mais où voulais-je aller, avec mes coquilles vides ? Eh bien, vers ce que j'espère n'avoir à jamais connaître , une démocratie " fossilisée " .

   

 

   

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 14:00
Enfant intouchable .

Enfant intouchable .

" L'intouchable " : dans la tradition indienne, il existe, en dessous des castes reconnues, des exclus, hors- caste, qu'on appelle " intouchables ", car ils sont si indignes et si impurs qu'ils risquent de souiller autrui par la vue ou le contact physique .

 En ouverture de son discours de politique générale, le 4 juillet dernier, devant l'Assemblée Nationale, le Premier Ministre s'exprima ainsi : " Je vois une Assemblée rajeunie, féminisée et largement renouvelée ... Une Assemblée qui porte l'héritage républicain et qui ressemble à la France ... " . Emouvant lyrisme de gauche qui occulte une réalité politique moins brillante : nul ouvrier dans cette assemblée . Ce sont 20% de la population active du pays qui ne sont pas représentés dans le temple de la république . Un pur hasard !

Trois autres événements, à ajouter au précédent, doivent nous interpeller .

Le premier concerne l'ordre judiciaire . " Le procès de l'amiante n'aura pas lieu " ! Le parquet de Paris vient de mettre un terme à plusieurs enquêtes pénales portant sur le plus grand scandale ayant frappé le monde du travail au prétexte qu'il est impossible de déterminer avec certitude la date exacte de la contamination des victimes . Vingt années d'instruction - 40 tomes de procédures -  balayées pour une question de date comme si " la contamination par l'amiante " relevait de l'apparition d'un virus : que 20% des cancers du poumon proviennent d'une exposition durable à l'amiante n'intéresse pas les juges puisqu'il leur est impossible de confectionner un vulgaire calendrier . La justice s'apprête donc à annoncer à des dizaines de milliers de travailleurs qu'il n'y a ni responsable ni coupable à leur fin de vie dramatique : des grands groupes industriels de renom doivent être protégés .

Le deuxième touche au droit du travail . Le précédent gouvernement avait engagé un processus de reconnaissance de la pénibilité de certaines tâches pour permettre aux travailleurs concernés de partir plus tôt à la retraite . Il n'a pas fallu longtemps au nouveau pouvoir pour céder au MEDEF qui était vent debout contre ces mesures . Le " compte pénibilité " du quinquennat Hollande est balayé, lui-aussi, et remplacé par le " compte prévention " - admirable richesse de la langue française - de Macron, très allégé : la manutention des charges lourdes, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les risques chimiques ont disparu du nouveau texte . " C'étaient des promenades de santé ", semble-t-il .

Le troisième est lié à la suppression des cotisations " maladie " . L'ouvrier ne s'assure plus contre la maladie et contre le chômage, ainsi disparaît-il des registres de la Sécurité Sociale . Il devient alors " cet être de nos halls de gare qui n'est rien ", selon la propre expression du chef de l'Etat : il n'est plus identifiable sans numéro de SS . 

Ces sujets sont en fait emblématiques de la condition ouvrière et du mépris affiché à l'égard de la réalité du travail . La nouvelle société, mode Macron, celle des " start up " californiennes, des jeunes gens branchés sur leur ordinateur, casque sur les oreilles, aussi épanouis dans leur job que des " surfeurs " au bronzage impeccable, qui ne voient pas encore venir la face cachée de l'ubérisation qui est là, à notre porte .

Ces ouvriers dont on a fait " de la chair à vote frontiste " symbolisent trop le monde d'hier, comprenez-vous, la lutte des classes d'une époque révolue, que la révolution macronienne va balayer au grand vent de la modernité . La République selon Macron est en marche et les ouvriers sont déjà dans le fossé .

Qu'on ne parle plus de ces catégories sociales qui s'usent à la tâche et qui ne sautent pas de joie en arrivant au boulot, ou alors, juste un peu, et pour un très court temps encore, et surtout avec condescendance .

Bientôt le puits du village sera interdit à ces " hors-caste " afin qu'ils ne viennent pas en rendre l'eau impure : ils seront devenus des " intouchables "  .

 

 

 

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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 18:27
Un parti unique à tous égards .

" Au temps du stalinisme, le centralisme démocratique, principe de fonctionnement des partis communistes, était ainsi illustré par l'humour des gens de l'est : on vide un seau par la fenêtre, et c'est le centralisme ; pour le rendre démocratique, il suffit de faire remonter l'eau ", ( citation de Guy Konopnicki dans Marianne, No 1060 ) .

A force de multiplier les courts-circuits à l'intérieur de leur propre mécanique provoqués par les courants contradictoires qui les traversaient, les haines recuites de personnes et les ambitions meurtrières de trop de dirigeants, les anciens partis terminent brûlés au troisième degré .

Sur ce terreau, un nouveau parti s'affirme sans que l'on sache vraiment ce qui peut bien unifier tous ses adhérents . Les médias publient des portraits, de belles histoires de jeunes gens et de jeunes femmes séduisants, dynamiques, déterminés qui ont, un jour de cette année folle que demeurera 2017, décidé d'adhérer au parti .

Certes, il ne faut pas leur demander avec trop d'insistance ce qui les motive, la réponse étant toujours la même : " On veut faire bouger les choses ! " Vaste programme . Ils peuvent même se montrer plus précis : " On veut réformer ! " N'attendez pas de savoir à quelles réformes ils comptent s'atteler, ils ne savent pas : c'est l'affaire des chefs ! Mais soyez en convaincus : " Ils vont faire ! " Ah ! ce maître mot de langue française qui dit tout et qui ne dit rien . 

C'est que ce parti est une création inédite : il a conquis le pouvoir avant d'exister . Quand on songe à tous ces partis qui ont occupé, pendant des décennies, le champ politique, sans jamais accéder au pouvoir on ne peut que s'incliner devant le savoir-faire des " riens " d'il y a quelques mois . Devenir d'emblée " tout et rien à la fois " n'est pas donné à tout le monde . La France est aux mains d'un parti qui détient tout et dont elle ne sait rien . Il y a bien une présidente par intérim chargée de structurer " le machin ", mais c'est  une inconnue ; le parti s'est même réuni, une fois, mais ce n'était pas un Congrès fondateur, au mieux une assemblée générale où les adhérents apprenaient à applaudir des orateurs - en fait à maîtriser son claquement de mains - sans vraiment attacher du prix aux différentes prises de paroles . 

Les adhérents du " Mouvement en Marche " ne paient pas de cotisations aussi n'ont-ils qu'un seul choix : s'en remettre à un homme qui les a payées pour eux . L'adhésion étant gratuite, il serait mal venu que le marcheur trouvât le moyen de se plaindre . Pour une innovation, c'est une innovation .

Nous avons devant nous, le parti idéal : un financement colossal fondé sur le nombre de voix obtenues aux élections législatives et au nombre de députés élus . " Une pompe à fric " inépuisable . Les cotisants la ramènent toujours, un jour ou l'autre, l'adhérent " internet " la ferme . 

Les partis classiques étaient fondés sur des projets, des principes, une idéologie qui existaient avant les plus prestigieux de leurs leaders : le socialisme avait précédé et de loin, Jaurès . La vie de " La République en Marche " commence avec Emmanuel Macron . Pour une révolution, c'est une révolution ! Le parti ne peut donc connaître qu'une seule pensée, celle du président . L'adhérent a le droit de se réunir mais sous le portrait du président et pour applaudir !

Pour ses députés, " La république en Marche " vient de réinventer le centralisme démocratique : le gouvernement déversera ses projets de loi dans l'hémicycle et les élus " En marche " se contenteront de faire remonter leurs votes vers le perchoir .

" La République en Marche est bien un parti unique ... dans son genre ! " ( Guy Konopnicki, Marianne, No 1060 du 14 juillet 2017 ) .

 

 

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 14:47
Réplique de l'Hermione ( mise à l'eau en 2014 ) .

Réplique de l'Hermione ( mise à l'eau en 2014 ) .

" Contrairement à tous les autres alliés de la France, les Etats-Unis d'Amérique n'ont jamais été en guerre contre elle . Cependant, la vérité historique  nous oblige à reconnaître que les alliances entre les deux pays furent toujours conflictuelles ... " ( Guy Konopnicki, journaliste ) .

C'est à Paris que le 3 septembre 1783, les Anglais signent le traité reconnaissant l'indépendance des 13 colonies d'Amérique soulevées contre le colonisateur et fondatrices des Etats-Unis . En 1777, le jeune capitaine Lafayette, imprégné des idées nouvelles et quelques compagnons embarquent pour rejoindre les " Insurgents "  américains, commandés par George Washington, dont l'Angleterre entend écraser la révolte . Le roi Louis XVI ne croit pas au succès de la révolution américaine et désavoue l'initiative du jeune marquis .

Deux ans plus tard le roi fait volte-face et Lafayette obtient du monarque l'envoi, en 1780, d'un corps expéditionnaire de 6000 hommes commandés par le Comte de Rochambeau . Lafayette réembarque à bord de la frégate " l'Hermione " . Communauté d'idées avec les Insurgents ? La bonne blague ! L'occasion est trop belle d'affaiblir l'Angleterre en Amérique du Nord où, 20 ans plus tôt, Louis XV avait abandonné la Nouvelle France laissant la totalité du Canada aux Britanniques .

La revanche française est belle mais l'entente entre les deux nations, la nouvelle et la vieille, sera de courte durée .

En 1789, seules quelques personnalités françaises marquent l'esprit des nouveaux américains : Lafayette et le constituant Brissot - futur chef des Girondins - parce que Washington, premier Président des EEUU regarde avec bienveillance comment l'Assemblée Constituante place sur ses rails la révolution française . Les EEUU vont vite s'inquiéter de la tournure des événements français avec l'arrestation de Louis XVI, le 10 août 1792 . Loin de soutenir le processus révolutionnaire français, ils se rapprochent de l'ancien colonisateur et signent même en novembre 1794, un traité commercial et maritime qui permet aux Anglais - avec leur accord tacite - d'organiser un blocus des côtes américaines et de saisir toute marchandise arrivant chez eux ou partant en France . Le pragmatisme américain est déjà à l'oeuvre : le soutien français était le bienvenu quand il s'agissait d'arracher les 13 colonies à la domination anglaise mais en 1794, l'Angleterre est plus utile que la France, troublée par les événements révolutionnaires et, par ailleurs, au ban de l'Europe .

Les EEUU ne reconnaîtront, par ailleurs, pas la " Convention " car c'eût été accepter l'obligation de rembourser les prêts accordés par Louis XVI à leur révolution mais aussi parce que ces maudits conventionnels avaient eu la mauvaise idée d'abolir l'esclavage ( décret du 16 pluviose de l'An II, février 1794 ) . Quelques tensions maritimes surgissent en 1799, quand au nom de l'alliance anglo-américaine, un bateau de guerre américain est arraisonné par deux frégates françaises près des côtes de la Guadeloupe .

Le Premier Consul, Bonaparte, tentera de jeter un pont entre les deux nations : il vend aux EEUU, en 1803, pour une somme dérisoire - la meilleure affaire commerciale des EEUU de toute leur histoire - la Louisianne, vaste étendue de terres allant des Grands Lacs, au Nord, au Golfe du Mexique . Certes, la Louisiane obéissait de moins en moins à Paris et s'en éloignait progressivement . Les EEUU ne firent rien pour imposer aux Anglais la fin du blocus .

Durant tout le XIXe siècle la France ne manifestera qu'un intérêt intellectuel à l'endroit du nouveau monde, terrain d'évolution d'un nouveau mode de développement économique . Tocqueville et son livre " De la démocratie " en est l'illustration . 

Les relations entre les deux pays sont minimalistes et ne concernent que les échanges économiques, avec un pic d'exaspération quand Napoléon III se pique d'installer à la tête du Mexique un Empereur autrichien . Les EEUU ont déjà dépecé le Mexique de la Californie et du Texas, et la guerre de Sécession terminée, exigent le départ des Français, en 1865, qui s'en vont piteusement, abandonnant à son sort le pauvre Maximilien . 

Relations symboliques aussi, avec Baudelaire faisant connaître aux lecteurs français les oeuvres d'Edgar Allan Poë ou le débarquement en France du spectacle de William Cody ( dit Buffalo Bill ) ou encore Georges Melliès créant, en 1903, la première Major américaine cinématographique, sur la côte ouest .

Les relations politiques, en fait, ne reprendront qu'en 1917, quand le Président Wodrow Wilson déclarera la guerre à l'Allemagne, le 6 avril 1917, suite aux nombreuses attaques dont sont l'objet les navires de commerce américains par les sous-marins allemands . Engagement important mais non décisif, la guerre étant déjà quasiment gagnée par les alliés anglo-français .

Une nouvelle histoire va commencer mais qui ne sera pas sans accroc : dès janvier 1918, Clémenceau laisse entendre qu'il apprécie peu le plan de paix du Président Wilson et la création de la Société des Nations pour imposer la paix à l'Europe . Clémenceau veut, quant à lui, une revanche sur l'Allemagne et l'humiliation de 1871 imposée par Bismarck à la France .

Le résultat de ces désaccords sera un traité de Versailles en 1919, véritable " bouillie ", diplomatique entre les propositions françaises, américaines et anglaises, d'où surgira quatorze ans plus tard l'Allemagne nazie ...

1929 . L'économie est déjà mondialisée . Les EEUU exportent leur crise financière en Europe - ils récidiveront en 2008 - . En 1940, la guerre va à nouveau ravager l'Europe . La France s'effondre . Le Président Franklin Roosvelt maintient ses relations avec le gouvernement de Vichy poussant son légitimisme au-delà du possible et lorsqu'il déclare la guerre à l'Allemagne, en décembre 1941, après Pearl Harbor, il persiste à reconnaître Pétain comme seul chef de la France n'ayant que mépris pour le général de Gaulle . A Alger, en 1944, le président américain tente encore d'élimioner de Gaulle au profit de l'amiral Darlan plaçant ainsi la France libre sous tutelle de l'administration américaine .

En 1960, J. F. Kennedy tentera de s'opposer à l'initiative de de Gaulle de doter la France d'une force nucléaire autonome . La France est couverte de bases militaires américaines . Le 7 mars 1966, de Gaulle annonce - discours de Phnom Penh - que la France se retire du commandement intégré de l'OTAN, condamne la guerre américaine au Viet-Nam puis le 1er septembre qu'il exige le retrait de toutes les troupes américaines stationnées sur le territoire français . 

En 2003, J. Chirac s'opposera courageusement à G. D. Bush, à propos de la guerre en Irak . Exceptionnelle intuition politique !

 Tous les présidents américains de l'après 1945 regarderont la politique française avec beaucoup de méfiance, jusqu'à l'avènement de N. Sarkozy - Sarko l'Américain - qui liquide la politique gaulliste et réintègre la France dans le commandement de l'OTAN, en 2008 .

En 2017, D. Trump répond par un pied de nez à la France, en sortant les EEUU de la COP 21 .

NB : d'après l'article de Guy Konopnicki, " Une amitié tourmentée ", Marianne No 1056 .

 

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13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 14:13
Le bourbier .

" En régime capitaliste, la politique fait s'affronter deux mouvements émancipateurs : la gauche, qui cherche à émanciper le travail, et la droite, qui cherche à émanciper le capital - des conquêtes de gauche - et à étendre l'emprise de ce dernier ", ( Christophe Bertiau, Lavamedia ) .

Comment sortir du bourbier politique dans lequel nous a plongé l'élection d'Emmanuel Macron suite à la trahison de dirigeants du PS passés avec armes et bagages à droite, à la dégénérescence d'une droite rongée par la corruption et à une poussée de l'extrême-droite favorisée par les politiques  anti-populaires  de ses comparses ?

La contradiction fondatrice entre les intérêts des uns et les intérêts des autres est l'horizon indépassable de toute politique authentique .  Les étiquettes de gauche et de droite avaient été créées pour ne servir qu'à traduire cette conflictualité propre au capitalisme et est encore plus vraie à l'ère du " capitalisme total " ( ou mondialisé ) .

La confusion est totale, en ce moment où s'impose - provisoirement, sans doute - la pensée dominante d'un monde économique non-conflictuel, incarnée en France par Emmanuel Macron : " un bourbier idéologique " d'où nous ne pourrons sortir qu'en ayant les idées claires .

Aux tenants d'un " capitalisme à visage humain " qui ont tous viré à droite, il va falloir expliquer que le capitalisme ne s'améliore pas mais qu'il se combat, ou plutôt qu'il ne saurait s'améliorer qu'en étant combattu - c'est la grande leçon du XXe siècle et ses deux grandes guerres impérialistes - et que c'est dans ce combat que s'inscrit la vraie gauche, jamais ailleurs .

En régime capitaliste, croire à la politique du " bien commun " n'est que dangereuse illusion . Toute amélioration substantielle du bien-être des uns se fait forcément au détriment de celui des autres parce que le capitalisme ne peut fonctionner et se développer que si s'opposent  les deux logiques antagonistes qui constituent son essence : celle des " investisseurs " et des " créanciers ", toujours désireux de faire fructifier leur capital, c'est à dire de capter une grosse partie de la valeur produite par le travail d'autrui contre celle des travailleurs, qui seront toujours des " exploités " - quoiqu'en pensent nos intellectuels sous burka idéologique - en tant qu'ils sont dépossédés ainsi d'une partie des fruits de leur travail  .

Certes, certaines politiques, par périodes, peuvent permettre aux travailleurs de disposer d'un peu plus de disponibilités pour pouvoir acheter les excédents de production du système, mais cela n'a toujours qu'un temps, et ne permettent au travailleur que d'accéder aux biens de qualité très inférieure .

Aussi, quand E. Macron tient à ramener la gestion du conflit majeur à l'échelle de l'entreprise, en lieu et place de la Loi, ne soyons pas dupes . L'imposture est évidente : le conflit est rabaissé au niveau d'un " jeu de tir à la corde ", avec avantage certain au patron, donc au capital : donnez au capital et vous prendrez au travail ; donnez au travail et vous prendrez au capital .

Sous prétexte que la situation a changé depuis le XIXe siècle - heureusement - qu'il existe des impôts, la sécurité sociale, le code du travail, le droit de grève ; sous prétexte que beaucoup de travailleurs ne savent pas faire fructifier le capital - les imbéciles - c'est cette logique fondamentale du conflit capital-travail qu'on a voulu extirpé de nos esprits .

Le capitalisme s'est amélioré, nous dit-on . Eh ! bien, non, c'est faux ! Ce qui a changé c'est qu'il a été modéré par des conquêtes de gauche mais que les logiques du capital sont restées les-mêmes ce qu'on voit bien à travers les coups de boutoir portés par fausse-gauche et vraie droite, depuis trente ans, à ces conquêtes, au nom d'une pseudo-modernisation, nous dit-on, car avouer l'inavouable reste encore très difficile à dire .

 

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 13:48
Image du site : " Français et citoyens " .

Image du site : " Français et citoyens " .

( 1 ) . Joseph Proudhon : " Destruam et aedificabo " ; épigraphe aux " Contradictions économiques " .

" De part et d'autre de l'Atlantique, on observe une inflation des inutiles et une paupérisation des nécessaires  qui laissent tous les problèmes en suspens ", ( La grande régression ) .

" Quinze intellectuels de renommée internationale (2) publient un livre collectif, " La grande régression ", sous la houlette de l'éditeur allemand Heinrich Geiselberger ( Ed. Suhrkamp ), dans lequel ils réfléchissent sur le monde comme il va ( ou ne va pas ) à l'heure du capitalisme planétaire " ( Cf . l'article de Sébastien Lapaque, Marianne No 1059, du 7 juillet 2017 ) .

Penseurs, chercheurs, universitaires, ne les cherchez pas dans le " gotha " des " experts " qui accompagnent les grandes institutions internationales ; intelligences lucides, leurs recherches portent un regard acéré sur la misère théorique de notre temps et doutent des lendemains qui chantent qu'est censé nous apporter le capitalisme mondialisé .

Alors que l'avenir, il n'y a pas si longtemps, était bien plus associé à l'idée de confort qu'à celle de difficulté, il est devenu aujourd'hui, synonyme d'une terrible menace : celle d'être identifié ou classé comme un individu inapte à remplir sa tâche, un individu auquel est dénié toute valeur, toute dignité, et qui, par cette raison même , doit être marginalisé, exclu, banni ... ", écrit le sociologue anglo-polonais ( décédé en janvier 2017 ) Zygmunt Bauman, dans sa contribution à l'ouvrage, résumant ainsi, et sans concession, les enjeux majeurs du monde qui vient .

Les maux économiques qui rongent les sociétés occidentales, à l'heure du capitalisme total, sont largement connus : rareté toujours plus grande du travail, baisse régulière des revenus pour la grande majorité des individus, accroissement des inégalités, disparition des protections sociales et de santé, auxquels il faut ajouter le terrorisme international, la catastrophe économique déjà largement entamée, l'inversion des équilibres climatiques et les mouvements migratoires incontrôlés et incontrôlables, qu'ils soient provoqués par des cycles de guerres sans but ou par les bouleversements climatiques .

Une des contributions mérite qu'on s'y arrête un peu plus longuement : c'est celle du sociologue allemand Wolfgang Streeck,  " Le retour des évincés : début et fin du capitalisme néolibéral " . C'est un témoin capital des métamorphoses du libéralisme et de la dynamique du crédit depuis 1945 .  Son intuition a été que les démocraties occidentales sont passées de l'Etat fiscal qui avait la possibilité de lever l'impôt pour garantir les promesses de l'économie de marché, à l'Etat " débireur " qui n'a fait que s'endetter, à partir des années 1970, pour assurer ces contributions, s'exposant alors au joug des institutions financières et bancaires, joug terriblement consolidé à partir de la crise financière de 2008, vidant l'Etat de tout pouvoir en l'enfermant dans la course au remboursement de la dette pour accéder aux exigences des détenteurs du capital et de ses gestionnaires et créer le nouvel âge économique : " Les marchés ne sont plus enfermés dans les Etats, mais ce sont les Etats qu'on a enfermés dans les marchés " .

" Le néolibéralisme est venu avec la globalisation ou la globalisation avec le néolibéralisme . Et c'est ainsi que la grande régression a débuté . le capital des sociétés industrielles reconstruites a commencé à s'affranchir du rôle " d'animal utile " qu'il avait été obligé d'endosser, après guerre, dans un carcan national ", peut écrire Wolfgang Streeck .

" Une plongée au scalpel dans les plaies du capitalisme total, d'où le sang qui coulait, autrefois,  s'est transformé en pus " ( Sébstien Lapaque ) .

C'est à l'anthropologue français Bruno Latour qu'échoit la tâche d'explorer le lourde question des migrants : " L'action cumulée des guerres, des échecs et des méfaits de la mondialisation, de la mutation climatique vont jeter contre nous, avec nous et comme nous, des millions de gens dans la recherche d'un nouveau territoire habitable pour eux et pour leurs enfants ", posant sur ces malheureux venus des périphéries de nos sociétés d'abondance et de jouissance le seul regard possible : " Nos proches étrangers - terriblement proches et terriblement étrangers " .

L'économiste allemand Olivier Nachtwey porte le coup de grâce au système inhumain qui s'est imposé qu'il appelle  " la décivilisation de nos sociétés " inscrite déjà, dans  " toutes ces régions du monde où toute structure étatique a déjà été balayée ", ces lieux que tant de nos experts autorisés ne sauraient voir .

 

(2) . Zygmunt Bauman, Bruno Latour, Slavoj Zirek, Eva Illouz, Nancy Fraser, Pankaj Mishra, Donatella della Porta, des noms à ne pas oublier, venus d'Inde, des Etats-Unis, de Pologne, de France, du Maroc, d'Allemagne, d'Autriche, d'Espagne, d'Italie, de Belgique ou de slovénie . 

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 16:57
Sus aux vieux !

" Ma conviction est qu'il faut mettre une limite à la part du gâteau national qui est allouée aux plus de 60 ans " ( Jean-Hervé Lorenzi, Président du très orthodoxe Cercle des Economistes ) .

Hier,  les " moutons noirs " des précédents quinquennats  furent les fonctionnaires dénigrés " à l'envi ", puis les assistés gavés aux aides sociales, aujourd'hui ce sont " nos vieux " qui deviennent la victime expiatoire du nouveau régime .

L'idéal américain va leur être appliqué : chacun paye ce qu'il coûte et Dieu fait le reste . L'ironie de l'histoire étant que ce sont " les vieux " qui ont fourni les plus gros bataillons aux électeurs d'Emmanuel Macron . La philosophie du changement de paradigme est simple : " les vieux " ont beaucoup reçu de la société ces dernières décennies ( les trente glorieuses ), ils vont devoir rendre ce qu'ils ont reçu .

Et d'abord, pourquoi les plaindre," ces profiteurs " resteront dominants dans la société, affirme l'économiste Jean-Hervé Lorenzi : ils détiennent deux tiers de l'épargne financière des ménages ( 7000 Mds d'€ sur 11000 Mds, principalement placés en assurance vie ) et reçoivent en moyenne des revenus légèrement supérieurs à ceux des actifs .

Regardons les choses de plus près . En macro-économie on ne raisonne qu'en " moyennes  ", c'est tellement plus pratique pour faire avaler les couleuvres . Ce principe permet d'occulter qu'une partie d'entre eux vit réellement dans la misère comme nulle part ailleurs dans le monde développé . La France est extrêmement excluante à l'égard de cette catégorie . Mais voilà, il y a des favorisés .

Imaginez le scandale : 20% de la population captive 20% du PIB dès qu'on ajoute à ses revenus ses dépenses de santé . Dans dix ans, ces " vieux " seront 30% : vont-ils accaparer 30% du PIB . Ce sera proprement insupportable et il faut mettre une limite à un tel accaparement, assène M. Lorenzi .

" Dans la réforme à venir, les chiffres de l'augmentation de la CSG prévue, restent très modestes : 1,7% pour les pensions de plus de 1,7% demeure modeste mais  met fin à une aberration que représente une CSG plus faible pour les retraités que pour les actifs . "

Nous sommes dans une période de " transition " ( euphémisme pour ne pas dire période post-crise financière ) ajoutent les économistes orthodoxes où la France restera éloignée d'une croissance à 2% où la révolution numérique n'apporte pas encore les fruits d'une productivité solide, mais la vraie cause de cette croissance faible c'est le vieillissement de la population ( et surtout pas la crise de 2008 ) . Et voilà l'anathème lancé !

Parce qu'on alloue 20% de notre PIB, à " nos vieux ", parce que l'innovation est le fait des jeunes, parce que l'aversion au risque augmente à mesure qu'on vieillit ( les vieux n'investissent pas - ils détiennent les 2/3 de l'épargne et refusent d'investir dans les placements risqués, que de tares accumulées - ils doivent être punis .

Ils gardent quand même en main deux leviers du pouvoir : le patrimoine et le poids politique, ils votent massivement par rapport aux jeunes .

Ne rétorquez pas à ces économistes que le nouveau partage entre générations, entre actifs et inactifs est déjà sur les rails . Les rapports du Conseil d'Orientation des Retraites ( COR ) sont clairs : la trajectoire du calcul des pensions est qu'en 2030 le taux de remplacement moyen des retraites atteindra 72% ( au lieu des 82% actuels ) et que la mesure Macron l'abaissera encore de trois points, à 69% .

M. Lorenzi ( Marianne No 1059 du 7 juillet 2017 ) vous remettra à votre place : " Le défi qui est devant nous est celui de la dépendance et l'augmentation des maladies neurovégétatives dont personne ne sait évaluer les coûts futurs, probablement des dizaines de Mds d'€, et la plupart des personnes âgées sont dans l'incapacité d'assumer la charge d'une maladie invalidante ... ", donc on les fait payer avant qu'il ne soit trop tard, c'est tout .

AH ! mais . On ne va tout de même pas faire payer les banques pour nos vieux et leur demander de rendre tout ce que l'Etat leur a donné pour les sauver, en 2008 !

 

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 14:09
Gravure lavamedia.be

Gravure lavamedia.be

" Le libéralisme est une valeur de gauche " ( E. Macron, Le Monde du 27/09/2015 ) .

L'aventure politique française dans laquelle E. Macron vient d'engager le pays n'est pas une affaire de génération spontanée : elle a été méticuleusement préparée sur le plan idéologique . 

En 2007, deux économistes italiens, Alberto Alesina et Francesco Giavazzi publient un ouvrage " Il Liberalismo è di sinistra " . La même année, dans un entretien accordé à " La libre Belgique ", le politicien belge Richard Miller déclare : " Le libéralisme est par nature authentiquement social " . En 2013, le journaliste Rainer Hank, déplore, dans la " Frankfurter Allgemeine Zeitung "  la rupture entre " les moralistes de gauche et les idéalistes du libre-marché ", qui gagneraient à être réunis . Le 1er octobre 2015, dans les colonnes de Libération, les historiens Kevin Brookes et Jérôme Perrier, s'étonnent de l'étonnement suscité par le propos d'E. Macron affirmant que le libéralisme est de gauche : rien d'iconoclaste dans ces mots, affirment-ils . Quant à l'écrivain et chroniqueur belge Marcel Sel, plus récemment, il ne fait pas dans la dentelle : Je suis de gauche, " un libéral " de gauche, " la quintessence même de la gauche " .

C'est donc à l'automne 2015 qu'E. Macron lance son imprécation, " le libéralisme est de gauche ", qui lui permettra, quelques mois plus tard, de brandir la bannière de sa campagne : " Ni de droite, ni de gauche " .

Le mécanisme idéologique est fort simple : expurger le mot capitalisme du vocabulaire politique et lui substituer le terme de libéralisme, plastique à souhait ; annoncer que le libéralisme est de gauche ; promouvoir la fin du clivage droite-gauche - qui fleure un peu trop la lutte des classes et structurait dangereusement le vote des Français - ; faire sauter le verrou des partis, lui aussi trop structurant ; laisser entendre enfin que le macronisme est de gauche mais qu'il est également de droite . Et le tour est joué . La confusion est totale . La stratégie de l'arnaque politique est au point .

Comprenons bien le blocage qui vient de sauter . Beaucoup de libéraux - tenants du capitalisme - sont réticents à se revendiquer de la droite, pour des raisons psychologiques autant que stratégiques . L'étiquette de droite est lourde à porter : elle véhicule des idées de pouvoir, de domination, de conservatisme, d'immobilisme, quand la gauche évoque le progrès, l'égalité, les luttes sociales, l'intérêt pour le peuple . Peut-on imaginer un politicien élu sur la base d'un programme prônant ouvertement la dégradation des conditions de vie des travailleurs ? En politique, il y a des choses qui ne se disent pas .

Depuis quatre décennies, deux stratégies se sont offrertes à la droite pour viser au succès . La première était l'inversion des normes : la droite se proclame la force motrice de la société, elle se range du côté de la modernité, elle fait preuve de courage et met en oeuvre les réformes conçues pour vaincre les archaïsmes du système économique actuel, défendus par une gauche favorisant l'inactivité, la paresse et l'assistanat  . La deuxième stratégie, en dépit de tout bon sens, consistait pour la droite à se déclarer de gauche et prend l'apparence de partis socialistes ou sociaux-démocrates : " la droite décomplexée " stigmatisée par Frédéric Lordon . 

Ces deux stratégies arrivaient à bout de souffle après deux quinquennats surréalistes . Une synthèse s'imposait . E. Macron se présenta au grand jury des stratèges libéraux pour l'incarner fort habilement dans la confusion entretenue la plus totale, où l'on vit le génie des médias dominants se déployer en un tableau apocalyptique " d'un conflit meurtrier entre la droite et la droite décomplexée " : " Les Républicains " contre " La République en marche " , à l'occasion des élections législatives .

On pourrait rire du phénomène s'il n'avait des conséquences graves sur l'imaginaire politique et les choix électoraux . Désormais, la France est dominée par un seul courant de pensée : à droite, le capitalisme libéral et à gauche le capitalisme libéral !

 

 

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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 15:21
Pour la politique politicienne, le renouveau attendra !

" Twitter : @EPhilippePM , Dès le 1er janvier 2018, nous supprimerons les cotisations salariales sur l'assurance maladie et l'assurance chômage # ModèleSocial , 6 juin 2017 " .

Le premier volet de la refonte du système fiscal français consiste dans un basculement des cotisations salariales des assurances maladie et chômage vers la Contribution Sociale Généralsée ( CSG ), en un mot, vers l'impôt .

La CSG est un impôt prélevé directement sur notre salaire . Mise en place en 1991 par Michel Rocard, elle était prévue pour être temporaire et comportait un taux de 1,1% sur notre salaire . Cet impôt est resté et a même augmenté pour passer, en 1997, sous Lionel ,Jospin, au taux de 7,5% . Pour compenser la perte de rentrées que devra assumer la Sécurité Sociale, engendrée par la suppression des cotisations salariales, E. Macron va encore augmenter la CSG de 1,7 points, mais - et ce détail est à retenir - au 1er janvier 2019 . C'est ainsi que nous retrouvons la politique politicienne . Le but de la suppression des cotisations salariales est de faire croire aux salariés qu'on leur redonne du pouvoir d'achat, mais il faut que cela se voie sur la feuille de paie, dès la fin du mois de janvier . Or si, simultanément, on augmente la CSG, le gain ne se verra pratiquement pas : il faut donc décaler l'augmentation de la CSG pour que le gain de popularité qu'attend E. Macron de sa première mesure ne soit pas altéré, alors que concomitamment sera mise en oeuvre la réforme du code du travail, elle parfaitement impopulaire  . Tactique purement politicienne . 

Un exemple : une personne payée au SMIC verra, au final, son salaire net passer de 1153 € par mois à seulement 1174 €, une augmentation de 21 € . 

Les salariés doivent clairement voir que le bénéfice de la suppression de la cotisation salariale sera très vite rogné, l'année d'après, en 2019, et par l'augmentation de la CSG et par l'augmentation de leur impôt sur le revenu lié à l'amélioration provisoire de leur salaire .

Trois groupes sociaux vont être frappés d'abord, de plein fouet, par cette mesure : les retraités, les indépendants et les fonctionnaires qui ne payaient pas ou peu de CSG ou de cotisation chômage .

" En même temps ", l'ISF ( Impôt de Solidarité sur la Fortune ) va être réduit de moitié, l'IS ( Impôt sur les Société ramené de 33% à 25% ) et l'impôt sur le revenu des titres spéculatifs ( actions ) plafonné à 30% . A qui profite le crime, pourrait-on se demander ?

La protection sociale en France représente 730 Mds d'€ chaque année, soit 34,2% du PIB . Contrairement aux autres pays d'Europe, le financement de notre protection sociale ne repose pas majoritairement sur l'impôt mais sur des cotisations à hauteur de 61,7%, qui en font un système assurantiel, beaucoup plus sécure, la part de l'impôt atteignant 35,1 Mds - part qui a doublé en 25 ans - toutes les réformes depuis 1991 ayant tendu à gommer cet écart, la dernière à venir gardant le même objectif .

En 1991, la part de l'impôt, dans notre protection sociale, représentait 20%, après la réforme Macron, cette part passera à 38% .

En France, l'impôt finance 100% de ce qui correspond à la solidarité nationale pure comme " le minimum vieillesse " et est majoritaire dans la garantie maladie et aide à la famille, par contre il ne finance rien - ou presque - de tout ce qui touche individuellement au travail du salarié : " assurance accidents du travail " et " assurance chômage " .

Le basculement vers la CSG poursuit donc la fiscalisation de la protection sociale au détriment de la cotisation, engendre l'étatisation de l'indemnisation du chômage, ce qui permettra au gouvernement de reprendre en main plus drastiquement le système, les dépenses, taillant en fonction de la conjoncture économique dans les aides sociales .

En clair, cela signifie une protection contre les aléas de la vie dépendante des crises financières provoquées par les banques .

Aujourd'hui encore, chaque personne, suivant ce qu'elle a travaillé, cotise pour elle et pour tout le monde : magnifique modèle ! S'il vient à être supprimé et transformé sous forme d'impôt, tous les gouvernements, actuel et à venir, s'ouvrent la possibilité de revenir quand bon leur semblera - ou quand bon semblera aux banques, posons notre regard vers l'Est et la Grèce  - sur les droits ouverts aux travailleurs . 

Mais rassurons-nous ! Nos gouvernants ne sont pas des chiens : autour des années 2030, il restera quand même " le minimum vieillesse généralisé ", pour nos enfants, assorti au droit à certains petits boulots d'appoint, jusqu'à l'âge de 90 ans !

 

NB : site www.revolutionpermanente.fr 

 

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